L’évènement marseillologique à ne pas rater avant les municipales !
Pourquoi revoir Marseille contre Marseille aujourd’hui ? Cette série de 7 films écrits et réalisés par Michel Samson et Jean-Louis Comolli entre 1989 et 2001 est d’abord un document essentiel de la marseillologie. Une archive qui nous projette dans la Marseille d’il y a 30 ou 40 ans avec ses rues noires aux immeubles pas encore ravalés, théâtre de luttes électorales parfois violentes, où s’affrontaient des monstres sacrés de la politique autrefois tout-puissants, aujourd’hui bien souvent oubliés… Pourtant, ces films ne sont pas seulement des pièces de musée. Ce qui est frappant lorsqu’on les redécouvre, c’est de constater qu’ils sont d’une étonnante actualité. Le regard des auteurs sur la vie politique d’alors nous rappelle immanquablement notre monde d’aujourd’hui. Que ce soit la question de l’héritage en politique après la mort du « père » ; celle de la crise des partis et du besoin de renouvellement d’une classe politique à bout de souffle ; mais aussi la relation avec Paris et la « nationalisation » des enjeux locaux ; ou encore la circulation des idées et des mots d’un camp vers l’autre, souvent de l’extrême droite vers la droite et (aussi) vers la gauche… On y retrouve enfin des visages, alors jeunes et presque touchants d’innocence, qu’on reconnaît trente ans après malgré les rides du temps et l’usure du pouvoir.
Chez les Romains, Mars était le dieu de la Guerre et c’est traditionnellement au mois de mars que se jouent les guerres électorales de Marseille. À l’approche des élections municipales de mars 2026, l’Université hors les murs de marseillologie invite à se poser entre quatre murs pour revivre ces batailles du passé : l’intégrale des 7 films de Marseille contre Marseille en continu, douze heures non-stop, une performance de marseillologie politique à expérimenter ensemble, en compagnie de Michel Samson, qui entre chaque film, nous dira le sous-texte de ce qui se joue à l’écran, dans sa manière habituelle, et on l’espère, avec l’une de ses belles chemises vintage !
Le saccage a démarré à la station Saint-Charles en 2023. Il s’est poursuivi à la Joliette en 2024, puis à Noailles et Estrangin-Préfecture cette année. Les stations du métro de Marseille font actuellement l’objet d’un programme de rénovation d’ampleur, censé accompagner l’automatisation des rames prévue pour 2026. Porté par la RTM et la métropole Aix-Marseille-Provence, le plan « Rénov’ Stations » accorde des financements inédits pour la « modernisation » du métro. Ce programme entraîne la disparition progressive des œuvres qui ornaient depuis près d’un demi-siècle les stations du réseau : les décors, les mosaïques et les tôles émaillées qui font tout le charme du métro marseillais sont remplacés par des revêtements de pauvre qualité, uniformes et salissants.
Un patrimoine du XXᵉ siècle en cours d'effacement
Réalisées pour la plupart entre 1977 et 1986 par des tandems associant artistes et architectes, les stations du métro de Marseille ont des qualités spatiales et une esthétique véritablement unique. Chaque station a été décorée en référence à l’histoire et à l’identité du quartier desservi, et chacune avait sa couleur dominante, permettant au voyageur distrait de se repérer en un clin d’œil durant son voyage. Depuis 2023, pourtant, le plan « Rénov’ Stations » prend le parti opposé de cette écriture iconique. Dans le but « d’améliorer le confort, la luminosité et le sentiment de sécurité des voyageurs », la RTM et la métropole organisent une aseptisation des stations et des rames, qualifiée de « relooking » pour un métro jugé ringard, vétuste et sulfureux. Sous couvert de modernisation, ce projet occulte la destruction du métro et de son patrimoine ; il uniformise et enlaidit les stations. Le fin travail des ambiances lumineuses qui existait jusqu’alors est remplacé par des bandes de led d’une blancheur éblouissante. Cumulé à l’installation de portiques antifraude très coûteux et qui parviennent toujours à être détournés, « Rénov’ Stations » opte pour une apparence du tout sécuritaire à travers un projet cosmétique inefficace, qui ne propose aucune vision ambitieuse digne du potentiel qu’offre le métro de Marseille comme lieu d’expression plastique, mémoriel et patrimonial de la culture marseillaise. Ce coup de peinture fait à la hâte trouve déjà ses limites comme l’illustrent les fuites dans la station Saint-Charles qui ont abîmé le nouveau plafond, ou bien les parois glissantes mal raccordées qui salissent rapidement et confèrent une ambiance d’hôpital aliénante et anxiogène. Cette uniformisation produit le contraire de l’objectif recherché en produisant des espaces illisibles. On rate sa station car tout se ressemble, il n’y a plus aucun repère ou séquençage qui égaye l’expérience de l’usager.
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Des oeuvres légalement protégées mais bafouées
Les décors des stations historiques relèvent pourtant du patrimoine architectural et artistique du XXᵉ siècle, reconnu par le droit français comme partie intégrante du patrimoine culturel 1 . Ils sont également protégés, au titre de la propriété intellectuelle, en tant qu’œuvres de l’esprit relevant de la création architecturale et plastique2 . Leur altération ou destruction sans étude préalable ni concertation porte atteinte à ce double statut patrimonial et moral. Au-delà du cadre juridique, cette situation contrevient à l’esprit de la Convention de Faro3 , signée par la Ville de Marseille, qui affirme le droit des citoyens à participer à la reconnaissance et à la valorisation du patrimoine culturel comme élément de la mémoire collective. Aujourd’hui, ce patrimoine du quotidien est en train de disparaître dans l’indifférence générale. C’est pourquoi l’Université HLM (hors les murs) de Marseillologie a organisé une balade de sensibilisation lors des Journées nationales de l’architecture le 19 octobre 20254 , et lancé une pétition pour stopper le démantèlement en cours5 .
Une image marchandable de la ville qui ignore son histoire
Ce programme de rénovation opaque pose des questions alarmantes. Que vont devenir les œuvres déposées sans aucune annonce préalable comme les fresques gravées sur tôle émaillée d’Albert Jaubert à La Joliette intitulées Les Ports, qui ont tout simplement disparu ? Le choix des nouvelles œuvres installées dans le métro n’a rien d’anodin : il efface certains pans de l’histoire populaire et des luttes de Marseille comme son passé ouvrier et portuaire avec la fresque Les Ports, remplacée par une grande photographie du quartier Euroméditeranée, véhiculant une histoire lissée, plus conventionnelle, marchandable, de la ville. Ce projet révèle encore une fois la fragilité du patrimoine artistique et architectural à Marseille. Il est dommage, dans la plus vieille ville de France, que le patrimoine soit si peu considéré et perpétuellement détruit. Ici, rien ne tient bien longtemps et tout peut disparaître sous l’action d’individus peu visionnaires. « Rénov Stations » souligne tristement l’absence de transparence des institutions, qui n’intègrent pas les publics aux débats sur l’état et le devenir des lieux qu’ils pratiquent au quotidien.
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Prenons la parole sur notre métro
Prochainement, ce sont les stations Castellane et Désirée-Clary qui vont faire l’objet du lifting destructeur de « Rénov’ Stations ». Quand allons-nous nous mobiliser pour défendre notre patrimoine commun ? Il est temps d’ouvrir un débat public sur ce que doit être le métro du XXIe siècle. Plus qu’un simple outil de mobilité, il est un commun dont nous devons nous emparer. Dénonçons collectivement cette modernité rétrograde, et retrouvons l’enthousiasme et l’avant-garde qui faisaient l’essence du métro de Marseille à son inauguration. Ce chemin est possible, des projets de métros ambitieux existent partout : Munich, Naples, Glasgow, Londres, ou le Grand Paris Express. Alors, pourquoi pas Marseille ? Le temps est venu de nous rassembler pour construire la suite de l’histoire de notre métro !
Code du patrimoine, Livre VI – Patrimoine architectural, art. L.650-1 et suivants ↩︎
Code de la propriété intellectuelle, art. L.111-1 à L.121-1 (droit moral des auteurs) ↩︎
Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société, dite Convention de Faro (2005), art. 4 et 12 ↩︎
À l’occasion des Journées nationales de l’architecture, une balade en métro avec l’Université HLM (hors les murs) de marseillologie.
Ensemble, nous avons regardé le métro comme une galerie d’art , parcouru les lignes 1 et 2 en nous arrêtant dans les plus belles stations du réseau pour décrypter les fresques et les décors que le voyageur pressé n’a pas le temps de regarder, et qui disparaîtront bientôt…
Depuis quelques mois, en effet, nos stations perdent leurs décors, leurs couleurs, leur âme, à cause d’une rénovation décidée sans concertation par la Métropole.
Il suffit de regarder les stations Saint-Charles, Joliette et Noailles, où les belles fresques des années 70-80 ont été remplacés par des carreaux blancs-beiges en « pierre reconstituée », laissant à l’usager un sentiment amer de tristesse.
Rappelons que les stations du métro de Marseille, ouvertes entre 1977 et 1984 pour la plupart, ont été conçues par des équipes associant architectes et artistes, afin de donner de la gaieté et de la couleur dans ce monde souterrain.
Chaque station a été décorée en référence à l’histoire et à l’identité du quartier desservi , et chacune avait sa couleur dominante, permettant au voyageur distrait de se repérer en un clin d’œil durant son voyage.
Aujourd’hui, dans les stations rénovées, on ne reconnaît plus rien, et on se demande si on est bien dans un métro ou dans une salle d’hôpital.
Une balade à la découverte du grand ensemble de résidences privées et de logements sociaux qui se cache dans les quartiers sud, entre le boulevard Michelet et les collines qui ferment la ville à l’entrée des calanques. Les tours et les barres des années 50, 60 et 70 ont connu dans ces contrées une autre fortune que leurs jumeaux maudits des quartiers nord.
Ce sont pourtant les mêmes formes urbaines, les mêmes doctrines, les mêmes architectes. Nous avons découvert aussi que ce grand ensemble est en réalité un grand PAS ensemble, traversé de coupures, barrières et fermetures, à travers lesquelles nous avons tant bien que mal essayé de trouver un chemin.
Par l’Université HLM (hors les murs) de marseillologie, pour le Bureau des guides du GR2013